La première neige est tombé en grappe au-dessus de la bouche de métro, quelle surprise. Après les rails de nuit et des vas et viens de fer, des flocons faisaient une pluie au sortir de l'escalator. Au dehors de l'haleine souterraine, des roulis et des échos de galerie, un ciel gonflé s'émiettait doucement autour des réverbères, pollinisant la lumière de leurs particules flottantes.
J'ai attendu longtemps je crois. Le froid et la nuit s'infiltraient sous mon manteau, silence molletonné de décembre nocturne.
Quand l'ampoule a claqué, toutes les maisons se sont éteintes en même temps. Sans doute sommes-nous monté en circuit, comme dans les schémas de science-physique au collège : blouses éclatantes, éclosions frontales, électrons crayeux sur tableaux noirs. Si l'un cède, tout le monde craque.
Il y a des trouilles qui font plus froid que la chute centigrade du thermostat. Tout faisait sombre. Le quartier entier s'ensevelissait lentement, et plus aucun réverbère allumé sous ma fenêtre, des étoiles crevées en série, des galaxies mortes dans la rue. Je pensais à Barjavel, je nous voyais demain, cadenasser les corps de nos voisins dans le congélateur, pour survivre à l'hiver sans électricité.
La neige était noire comme de la suie sur les toits, nos cheminées immobiles avaient fumé plus que les usines du monde. Une lueur un peu translucide émanait du ciel lui-même. Lesté de flocons, encore tout imprégné des luminaires urbains, il diffusait sa phosphorescence ambrée au-dessus d'un quartier enduit de charbon.
Nos petits bourgeois dormaient. Une fille blanche et inquiète regardait par la fenêtre de sa chambre.
When the ice begins to thaw
mardi 19 janvier 2010
samedi 9 janvier 2010
Certains passages me hantent
« Je me souviens mal des jours. L'éclairement solaire ternissait les couleurs, écrasait. Des nuits, je me souviens. Le bleu était plus loin que le ciel, il était derrière toutes les épaisseurs, il recouvrait le fond du monde. Le ciel, pour moi, c'était cette traînée de pure brillance qui traverse le bleu, cette fusion froide au-delà de toute couleur. Quelque-fois, c'était à Vinhlong, quand ma mère était triste, elle faisait atteler le tilbury et on allait dans la campagne voir la nuit de la saison sèche. J'ai eu cette chance, pour ces nuits, cette mère. La lumière tombait du ciel dans des cataractes de pure transparence, dans des trombes de silence et d'immobilité. L'air était bleu, on le prenait dans la main. Bleu. Le ciel était cette palpitation continue de la brillance de la lumière. La nuit éclairait tout, toute la campagne de chaque rive du fleuve jusqu'aux limites de la vue. Chaque nuit était particulière, chacun pouvait être appelée le temps de sa durée. Le son des nuits était celui des chiens de la campagne. Ils hurlaient au mystère. Ils se répondaient de village et village jusqu'à la consommation totale de l'espace et du temps de la nuit. »
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