dimanche 7 février 2010

A wind's daughter




« On peut disparaître ici sans même s'en apercevoir. »

La fille du vent




lundi 1 février 2010

Patricia Lee Smith


Patti c'est ma maman avec ses longs cheveux roux, et son pull trop grand de hippie, et son regard de seize ans en noir et blanc, montant dans le bateau à Amsterdam.

Patti c'est le tatouage délavé sur le bras de mon père, une dent brisée et jaunie dans son sourire, sa veste immense, lourde comme une peau morte, ses grandes lunettes de vue, une moustache mousseuse au fond d'un verre de Leffe Blonde, des odeurs de pommes flamandes dans le cuir marron.

Patti dans free money, c'est nous voulant gagner à la loterie, attraper toutes les perles de l'océan, et s'acheter toutes les choses dont nous avons besoin pour être libre. S'acheter un jet privé, et monter dans un avion le long du Jet Stream, passer à travers la stratosphère, et jeter un coup d'œil sur les planètes et se décrocher, là où c'est profond et chaud, l'Arabie.

Patti dans elegie, c'est la mémoire qui tombe, comme de la crème dans les os, et elle ne sait pas quoi faire, sa tête hurle, et elle boit, et elle respire ; trompette, violon ; dans l'air empli de tes mouvements, et il y a bien quelque chose dont elle puisse rêver ce soir.

mardi 19 janvier 2010

Comptines polaires

La première neige est tombé en grappe au-dessus de la bouche de métro, quelle surprise. Après les rails de nuit et des vas et viens de fer, des flocons faisaient une pluie au sortir de l'escalator. Au dehors de l'haleine souterraine, des roulis et des échos de galerie, un ciel gonflé s'émiettait doucement autour des réverbères, pollinisant la lumière de leurs particules flottantes.

J'ai attendu longtemps je crois. Le froid et la nuit s'infiltraient sous mon manteau, silence molletonné de décembre nocturne.

Quand l'ampoule a claqué, toutes les maisons se sont éteintes en même temps. Sans doute sommes-nous monté en circuit, comme dans les schémas de science-physique au collège : blouses éclatantes, éclosions frontales, électrons crayeux sur tableaux noirs. Si l'un cède, tout le monde craque.

Il y a des trouilles qui font plus froid que la chute centigrade du thermostat. Tout faisait sombre. Le quartier entier s'ensevelissait lentement, et plus aucun réverbère allumé sous ma fenêtre, des étoiles crevées en série, des galaxies mortes dans la rue. Je pensais à Barjavel, je nous voyais demain, cadenasser les corps de nos voisins dans le congélateur, pour survivre à l'hiver sans électricité.

La neige était noire comme de la suie sur les toits, nos cheminées immobiles avaient fumé plus que les usines du monde. Une lueur un peu translucide émanait du ciel lui-même. Lesté de flocons, encore tout imprégné des luminaires urbains, il diffusait sa phosphorescence ambrée au-dessus d'un quartier enduit de charbon.

Nos petits bourgeois dormaient. Une fille blanche et inquiète regardait par la fenêtre de sa chambre.

When the ice begins to thaw

samedi 9 janvier 2010

Certains passages me hantent

« Je me souviens mal des jours. L'éclairement solaire ternissait les couleurs, écrasait. Des nuits, je me souviens. Le bleu était plus loin que le ciel, il était derrière toutes les épaisseurs, il recouvrait le fond du monde. Le ciel, pour moi, c'était cette traînée de pure brillance qui traverse le bleu, cette fusion froide au-delà de toute couleur. Quelque-fois, c'était à Vinhlong, quand ma mère était triste, elle faisait atteler le tilbury et on allait dans la campagne voir la nuit de la saison sèche. J'ai eu cette chance, pour ces nuits, cette mère. La lumière tombait du ciel dans des cataractes de pure transparence, dans des trombes de silence et d'immobilité. L'air était bleu, on le prenait dans la main. Bleu. Le ciel était cette palpitation continue de la brillance de la lumière. La nuit éclairait tout, toute la campagne de chaque rive du fleuve jusqu'aux limites de la vue. Chaque nuit était particulière, chacun pouvait être appelée le temps de sa durée. Le son des nuits était celui des chiens de la campagne. Ils hurlaient au mystère. Ils se répondaient de village et village jusqu'à la consommation totale de l'espace et du temps de la nuit. »

dimanche 13 décembre 2009

« ...I've been memorising this room »


Je ne sais pas ranger. Simple constatation. Je ne trie pas, j'empile. Je ne jette rien, j'accumule. Quand le bordel est faramineux, quand ça déborde, quand c'est envahissant – je ne sais pas ranger. J'aligne ce qui peut-être aligné. Je dégage le centre. Je charge les angles. Je calfeutre sous l'armoire de grand-mère. Je fourre dans un tiroir déjà plein. Je soulève le capharnaüm exhibé pour mieux le cloitrer dans des espaces exigus. Je balaye en surface sans m'enfoncer sous les rebords poussiéreux.

Je ne sais pas ranger. Mais je sais bien prétendre.

Ground control to major Tom.

mercredi 25 novembre 2009

... coupure publicitaire au milieu du désir


Dans ce rêve que je fais, mon œil s'émancipe de son orbite et pend sur ma pommette par le nerf optique. Sur l'autre facette de mon regard, cette surface concave soudain dévoilée, une petite gravure blanchâtre me renseigne : « made in China ».

(Je fais de la Communication moi Madame)


You look like shit, you take your time.

dimanche 8 novembre 2009

Les fourneaux à cerises

Un jeudi soir, après trois verres de muscat. Je quitte une atmosphère dorée de lampe à huile et mes joues crament de l'intérieur. Mon ventre implose quand je me met à courir, et tous le mauvais sang soudain mobilisé, mal oxygéné, remplissant mes organes ; et pulpant, et battant ; ma chair interne, mes langueurs de foie et de rates, mes poumons sans souffle, la cardio alcoolisée de ma pompe à flux pourpre.
Les nerfs trempés dans la liqueur, je me fais les fées d'un fruit abondant et gorgé ; je distingue soudain les pépins, nichés dans le suc musculeux de mon esprit, petites graines à germer - pourvu que je les arrose de mes sens, et de tout ce que l'épiderme peut exsuder de merveilleux engrais.
Serre n°1, serre n°3 : compartimentation de l'horreur et de la niaiserie, mise en terre de violences âcres et de tendresses moelleuses. Peut-être, lorsque j'aurais vécu assez, mes ramifications toxiques et duveteuses s'étendront-elles jusqu'au ciel de ma serre intérieure.
Elles ont des prétentions de voix lactée, mes plantations, je le sais bien. Si à un moment elles en chatouillent les comètes avec vanité, ce serait une nuit idéale pour les cueillir au bout de ma serpe d'encre étoilée, et m'en faire des tisanes de beauté et de noirceur.


Tout serait simple et bien rangé. J'aurais des tiroirs à herbe, récoltes de mes vices et prouesses, à accommoder selon mes humeurs. Je serais ma propre alchimiste, botaniste schizophrène pressée de la moelle, des mots et du cœur.
Quelque part, je crains le désert de la société, et la soif gercée des psychotropes. Comme si, dans le talc brûlant des dunes modernes, les oasis isolés appréhendaient les tempêtes de sable ocre, la bêtise grêlée, l'enlisement meuble ; et imprégner mes racines d'éthylisme me semble une bonne manière de subsister.

Gold lion tell me where the light is, take our hands out of control.