Un jeudi soir, après trois verres de muscat. Je quitte une atmosphère dorée de lampe à huile et mes joues crament de l'intérieur. Mon ventre implose quand je me met à courir, et tous le mauvais sang soudain mobilisé, mal oxygéné, remplissant mes organes ; et pulpant, et battant ; ma chair interne, mes langueurs de foie et de rates, mes poumons sans souffle, la cardio alcoolisée de ma pompe à flux pourpre.
Les nerfs trempés dans la liqueur, je me fais les fées d'un fruit abondant et gorgé ; je distingue soudain les pépins, nichés dans le suc musculeux de mon esprit, petites graines à germer - pourvu que je les arrose de mes sens, et de tout ce que l'épiderme peut exsuder de merveilleux engrais.
Serre n°1, serre n°3 : compartimentation de l'horreur et de la niaiserie, mise en terre de violences âcres et de tendresses moelleuses. Peut-être, lorsque j'aurais vécu assez, mes ramifications toxiques et duveteuses s'étendront-elles jusqu'au ciel de ma serre intérieure.
Elles ont des prétentions de voix lactée, mes plantations, je le sais bien. Si à un moment elles en chatouillent les comètes avec vanité, ce serait une nuit idéale pour les cueillir au bout de ma serpe d'encre étoilée, et m'en faire des tisanes de beauté et de noirceur.

Tout serait simple et bien rangé. J'aurais des tiroirs à herbe, récoltes de mes vices et prouesses, à accommoder selon mes humeurs. Je serais ma propre alchimiste, botaniste schizophrène pressée de la moelle, des mots et du cœur.
Quelque part, je crains le désert de la société, et la soif gercée des psychotropes. Comme si, dans le talc brûlant des dunes modernes, les oasis isolés appréhendaient les tempêtes de sable ocre, la bêtise grêlée, l'enlisement meuble ; et imprégner mes racines d'éthylisme me semble une bonne manière de subsister.
Gold lion tell me where the light is, take our hands out of control.