dimanche 13 décembre 2009

« ...I've been memorising this room »


Je ne sais pas ranger. Simple constatation. Je ne trie pas, j'empile. Je ne jette rien, j'accumule. Quand le bordel est faramineux, quand ça déborde, quand c'est envahissant – je ne sais pas ranger. J'aligne ce qui peut-être aligné. Je dégage le centre. Je charge les angles. Je calfeutre sous l'armoire de grand-mère. Je fourre dans un tiroir déjà plein. Je soulève le capharnaüm exhibé pour mieux le cloitrer dans des espaces exigus. Je balaye en surface sans m'enfoncer sous les rebords poussiéreux.

Je ne sais pas ranger. Mais je sais bien prétendre.

Ground control to major Tom.

mercredi 25 novembre 2009

... coupure publicitaire au milieu du désir


Dans ce rêve que je fais, mon œil s'émancipe de son orbite et pend sur ma pommette par le nerf optique. Sur l'autre facette de mon regard, cette surface concave soudain dévoilée, une petite gravure blanchâtre me renseigne : « made in China ».

(Je fais de la Communication moi Madame)


You look like shit, you take your time.

dimanche 8 novembre 2009

Les fourneaux à cerises

Un jeudi soir, après trois verres de muscat. Je quitte une atmosphère dorée de lampe à huile et mes joues crament de l'intérieur. Mon ventre implose quand je me mets à courir, et tout le mauvais sang soudain mobilisé, mal oxygéné, remplissant mes organes ; et pulpant, et battant ; ma chair interne, mes langueurs de foie et de rates, mes poumons sans souffle, la cardio alcoolisée de ma pompe à flux pourpre.
Les nerfs trempés dans la liqueur, je me fais les fées d'un fruit abondant et gorgé ; je distingue soudain les pépins, nichés dans le suc musculeux de mon esprit, petites graines à germer - pourvu que je les arrose de mes sens, et de tout ce que l'épiderme peut exsuder de merveilleux engrais.
Serre n°1, serre n°3 : compartimentation de l'horreur et de la niaiserie, mise en terre de violences âcres et de tendresses moelleuses. Peut-être, lorsque j'aurais vécu assez, mes ramifications toxiques et duveteuses s'étendront-elles jusqu'au ciel de ma serre intérieure.
Elles ont des prétentions de voix lactée, mes plantations, je le sais bien. Si à un moment elles en chatouillent les comètes avec vanité, ce serait une nuit idéale pour les cueillir au bout de ma serpe d'encre étoilée, et m'en faire des tisanes de beauté et de noirceur.


Tout serait simple et bien rangé. J'aurais des tiroirs à herbe, récoltes de mes vices et prouesses, à accommoder selon mes humeurs. Je serais ma propre alchimiste, botaniste schizophrène pressée de la moelle, des mots et du cœur.
Quelque part, je crains le désert de la société, et la soif gercée des psychotropes. Comme si, dans le talc brûlant des dunes modernes, les oasis isolés appréhendaient les tempêtes de sable ocre, la bêtise grêlée, l'enlisement meuble ; et imprégner mes racines d'éthylisme me semble une bonne manière de subsister.

Gold lion tell me where the light is, take our hands out of control.

samedi 17 octobre 2009

De l'outrage et de l'aversion


Essai d'héroïne.

« Par instant, ses jambes semblaient peiner à supporter son poids, se tordant un peu, trébuchant d'un petit pas, avant de reprendre leur fonction de muscles et de tendons et de la relancer dans les airs. Comme pour rappeler qu'elle vivait bien sur Terre, ses bottines claquaient, et claquaient, et claquaient. Ses genoux apparurent deux ou trois fois, et il leur trouva une expression émouvante de fée Mélusine gravée dans les os. »

Make no sudden movements, and no one need get hurt.

mercredi 7 octobre 2009

Some of her parts

« (Jennifer) I... (JDS) Jennifer Schecter... (Jennifer JD) am not too sure of who I am because there are several of me. (a/k/a Jen) They float up from me like phantoms (Sarah Schuster) and slink off to commit acts for which I may or may not be responsible.

Jennifer Diane Schecter is not at all sure whether any of this happened, or whether it was simply a tale as told to JDS, by JD, after a poem by J. I, JDS., Jennifer Schecter (JDS) have so many selves.

(Jennifer, Jen, JD, JDS, a/k/a Sarah Schuster)

I don't know where I begin. Or if I end. Or if I end.
»

lundi 28 septembre 2009

La môme ou le tyran

Des opposés s'attirent et se repoussent violemment entre mes épaules et mes hanches. J'en tremble, quand ça m'expulse quelques pelletés de terre ou d'euphorie dans les dents. Parfois, je pourrais déverser mon venin braiseux, incendier Rome, m'exalter de chaque degrés centigrades, me faire haïr à travers les reliefs calcinés, provoquer le choc ou le malaise avec une jubilation de despote ; ou je pourrais m'ensevelir dans mes mondes, en rejaillir par intermittence, endolorie, pour murmurer une parole de convenance, le regret d'un moelleux cercueil de songes déchiffrable sur mon front exhumé. Des spectacles aux genres variés étendent leurs masques sur les planches de mon visage ; des fractions de moi qui évoluent soudain en pleine lumière, avec une ostentation qui m'effraie -

oh, et les lois de l'attraction, des trios légèrement sur le déclin, dont les variations circulaires creusent des tourbillons au milieu des viscères : les miennes, les siennes, les vôtres. Les typhons sanguins à l'intérieur, quand on court après ceux qui nous dédaigne, pour ensuite nous retourner dédaigneusement sur ceux qui nous courent après.

Jesus died for somebody sins but not mine.

mercredi 12 août 2009

Honey honey...

J'aimais tes poignets, leur finesse et les fleuves de veines bleuâtres qui y faisaient battre un parfum de limonade ; ses poignets qui se tordaient pour faire de ses doigts, de ses mains, des acrobaties folles au bout de la liane de tes bras. Tu avais cette manière d'onduler ; et de droite, et de gauche ; tu avais cette manière de te tordre comme pour passer à travers les mailles ; et je suivais ce frissonnement de tes hanches tressées, le cordage de tes jambes, le lacet souple de ton cou, l'attache sirupeuse de ta mince silhouette ployée vers le néant, la laine éparse de tes cheveux... Je m'enferrais dans les creux de ton corps, me nichais sous tes aisselles blanches, prenais tes lèvres dans ma bouche et y faisais sauter, un à un, les câbles de la nuit qui me tenaient au bord du microcosme. Parfois, quand je me nouais à ton épiderme de nylon, tes funambules phalanges suturaient autour de mon cou l'étreinte rêche d'un nœud coulant... L'aube se levait, et j'oscillais au bout de toi, le sein un peu saignant d'avoir troué mon corps pour y faire passer ta cordelette. Tu tirais, et je cherrais ; métaphysique instable du loquet. Ma poitrine en passoire et, tricotée autour : toi, canevas terrible et galvanisé.

...food for the bees.

vendredi 7 août 2009

Sur le sable de Merlimont


Le transit dinausorus, le(s) gâteau(x) d'anniversaire(s) qu'on a pas, la peau cuite des jeunes filles sans crème, les demeures bourgeoises du Touquet, les parasols rayés, les cataractes d'eau tièdes, la vodka sur un reste de soupe, les bougies des ablutions nocturnes, la rude vie des amazones, les flots de bières grenadines, serial burp, ofoui ofoui la papatte, farandole gaufre-glace-crêpe-et-leurs-amis, les créneaux de folie, les Contes du soir, l'homme-canon, le refrain rocheux des pirates fantômes, l'héroïne à la mayonnaise, le dodo sardine, les averses du matin, l'œil à lunette, les projets de nains et de tartelettes entre dames du monde, la possession du Kilian, le carnet aux phénomènes linguistiques, les photos pin-up, je n'ai jamais, les Vikings nordiques, l'auto-radio aux mots dansants, le trottoir aux cigarettes, le Vésuve Laura, le Mont Saint-Charlotte -

et l'haleine saline de la mer, et sa salive écumante, et son acné de coquillages, et les grains de sa chair sablonneuse en croustillons de dents...

We live in a beautiful world.















mercredi 29 juillet 2009

Nineteen

(Je trouve le chiffre neuf très vexant : il plane comme une montgolfière, avant de s'écraser - minablement. Le huit, lui, avait une certaine classe, avec sa taille fine, son air sinueux, sa boucle bouclée - des zigzags pompeux d'éternel recommencement.)

Pour mon anniversaire, je me suis fais un bleu. Oh, ce n'était pas prémédité, hein, genre cadeau d'encrier offert à moi-même - non. Rien qu'un coup dans le vent ; et le sang, comme abasourdi ; quittant mon bras en hémorragie, petite violence sous la peau, éclatement mauve et moisie. Mes doigts bourdonnaient, abeilles fuselées à la ruche écartelée - et si choquées, sans maison, sans rien à donner ; foutu le camp, toute notre royale et barbare gelée.

Entre les rayons, j'ai déniché une robe à paillettes blanches, et ça chuintait dans la cabine d'essayage, des toutes petites pastilles lunaires qui froufroutaient - chut chut - quand je la passais en dépliant les bras, très haut, très haut. Elle est un peu courte, mais c'est pas grave, j'ai de jolies jambes, non ?

Quand je l'ôtais par ce même étirement d'infini, la bordure de mes collants opalins faisaient sous mon nombril une longue lèvre nappée. Dans la lisse psyché du magasin, mon corps essayait de me sourire : rictus d'échancrure, nombril en petit nez, grain de beauté en mouche de courtisane Agripine, côtes en pommettes marquées.

Je noyais ses grimaces de tronc joyeux sous un t-shirt bleu-marine, à vous emplir d'une petite houle salée. J'y superposais des rayures bretonnes, dépitée de ne pouvoir prétendre au physique des hommes - jouer à la roulotte russe avec mon amant efféminé, écrire des vers de pédé, cultiver des délires d'opium.


Je jetais la robe astronome sur son cintre ; elle avait cette tendance à me mettre en orbite, me faire décoller comme un satellite, entre Mars et Saturne. On a marché sur la Lune. Vaniteuse, je sortais un billet pour lui déclamer mon amour de terrienne.

Après les caisses, je suis passé dans la grande parfumerie, mouillant des cartons blancs de fragrances volatiles. Je les flanquais en girouettes autour de mon visage, évanescence d'un arôme de madeleine ; et ça me donnait l'impression d'être toute cuite et protégée, heure d'affluence passée au fond d'un four sauvage, tendre et lointaine.

Ce soir, je vais manger du sorbet Cerise & Griottes, avec une petite cuillère, et le même air langoureux que pour les pubs Häagen-Dazs : donc, un peu sotte. Je vais regarder Frida, essayer de comprendre comment elle a fait pour survivre à tous ça : la barre de métal froid qui l'a défloré, ses bébés dans les vases, comme des fleurs de chair inachevées ; toutes ces germinations malsaines au fond de son ventre ; les couleurs du Mexique, ce tango féminin, ses sourcils comme un grand oiseau de proie aquilin.

Et puis, je vais écrire ; des petites histoires amères comme de mauvaises noix. Je vais écrire en écoutant du jazz, parce que je ne connais rien de plus planant que cette lourdeur diffuse de la musique et du français en anaphases. Je planterais la bougie d'anniversaire dans mon bol de glace, cramant des cerisiers givrés à la pointe de ma vie.

Sous mon pull marin et sans épines, mon corps sourit.

Toute embuée, je pars en fumée, comme un bon petit cobaye.

mardi 28 juillet 2009

Du diable et autres élixirs


Chaudron bouillonne ; une suite sur le feu.

I know we could be so happy baby.